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Les arpenteurs bariolés
Jean-Loup Bourget

ni totems de chaissac, ni stèles de robelin, ni colonnes de pagès: ce sont les arpenteurs de nouyrit.
miradors ou châteaux d'eau juchés sur leurs échasses, carcasses de tipi dont une pelote de glaise figure la tête, on dirait qu'ils s'apprêtent à s'élancer dans l'espace, comme au début de la dame de Shangaï on voit s'avancer, double paire de compas, mante ou bien phasme, arthur bannister appuyé sur ses cannes.
sculptures-sémaphores, brandies par la terre qui leur donna les sveltes bouleaux, les baguettes de sourcier, les cailloux en collier, elles s'amusent à miner des herses ou des squelettes, échines de fossiles, instruments aratoires (dans les champs nus au printemps surgissent autant de calder et de richard serra).
la couleur mue la matière en art. si les tableaux de nouyrit ont du relief, ses sculptures reprennent à la peinture leur bien, d'où vient cet outremer? d'ou le carmin? d'où cet essaim strié, comme le corset d'une guêpe, de rouge et de vert, d'où le jaune et d'où le véronèse?
des peintres: yves klein, pour le bleu; bissière, pour les ocres. des statues romanes de catalogne, que nouyrit j'imagine a méditées lors du séjour barcelonais: rayures jaunes et rouges sur les accotoirs des vierges souveraines, tunique outremer et grenat du christ en majesté batllo. olot refleurit dans le lot, et le bâton se fait arbre de mai.

Toulouse 1987