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J’aborde la peinture intuitivement tantôt péremptoire, tantôt timide, bouleversé. Je ne comprends rien au fond, j’avance aveugle pour forcer l’invisible. J’ai néanmoins quelques idées ou plutôt une idée qui s’impose au tableau, qui s’échappe au fur et à mesure de la démarche. L’idée obsessionnelle me transporte dans toutes les tempêtes et remet en cause le fondement de l’action, l’épuisement de l’idée. L’espace me hante, la matière peinte brutalise au plus profond le tableau qui m’échappe. Alors s’installe une pratique du vide parfois passionnante tant je suis perdu. C’est à ce moment là que je pense à un délire révélé aux yeux.
Si je devais définir mon travail, il est inspiré par des petits riens (herbe, bouts de bois, etc…) mis en évidence sur la toile, installés en assemblages plus ou moins contradictoires. La peinture même se définit en fonction de ces éléments. Quant à l’utilisation de l’herbe, ce qui peut paraître étrange c’est que ce végétal offre à  l’homme  les bruits de la terre. C’est la raison pour laquelle on peut parler du psychisme de l’herbe. Certes ce n’est pas rationnel, mais cela me plait de penser le contraire. Pour moi la peinture est un drame dans l’espace à plusieurs degrés, elle se situe entre les cieux et l’enfer, c’est un voyage initiatique.
Je m’écorchais l'il en relisant ce petit texte, j'avais envie d'écrire bien autre chose comme par exemple dans certaines toiles à dominante blanche que s'échappent quelques étincelles de vie, ou bien encore sur l'objet qui s'offre, que l'ombre nous parle.
Pour en finir pourquoi faut-il des mots pour rebondir ? Il faut donner à voir. La peinture est un mouvement amoureux qui  appelle le monde.
 
  André Nouyrit, 2010.